De Reno à San Francisco

Mon voyage à Reno et Tahoe a été fortement perturbé. Je suis arrivé à Reno sous un déluge impressionnant. La Truckee river a débordé. Après une nuit dans un hôtel casino beaucoup plus confortable qu’à Las Vegas – c’est épouvantable, cet Etat qui dispose de paysages époustoufflants est un parc d’attraction géant, parsemé de casinos et de millions de machines à sous – je décide d’anticiper de 24h ma visite à Frontline systems à Incline Village au nord du lac Tahoe, alors que j’avais initialement prévu de parcourir les monts autour de Reno pour faire des photos. Ce fut la bonne décision car le lendemain toutes les routes menant au lac Tahoe ont été fermées.

Dans une véritable tempête de vent, sur une route culminant à 3000m, grâce à ma courageuse Jeep, j’ai réussi à rejoindre Incline Village. J’ai eu la chance de pouvoir apercevoir les rives du lac pendant une courte « éclaircie ». Après 6h de discussions techniques et stratégiques fructueuses, puis de discussions politiques avec mon interlocuteur membre du parti Libertarian (parti minoritaire aux USA, fondamentalement optimiste sur la nature humaine et souhaitant une intervention minimale de l’Etat), la grande question est de savoir comment repartir; alors que les prévisions météorologiques sont plus que pessimistes. Je décide de partir le lendemain matin pour San Francisco afin de maximiser mes chances d’attraper mon avion pour Paris deux jours plus tard. Alors que j’étais censé partir vers le nord pour rejoindre la I80, j’ai été prévenu que cette grande autoroute allant de Reno à San Francisco était fermée en raison du blizzard et de dangers de glissement de terrain (il y a eu plusieurs morts quelques jours avant). La pire tempête depuis 30 ans aux dires des locaux. Il me restait une route possible, passer par le sud du lac puis prendre la US 50. Si le début a été très pénible à conduire (vents violents), la suite fut plus facile, jusqu’à un blocage complet au milieu des bois … pendant 7 heures … avec finalement l’obligation de revenir sur mes pas pour dormir et attendre un jour meilleur.

Voyage d’innovation

Après avoir mis du temps à remettre la main sur les login et mot de passe de mon blog délaissé depuis plus de 2 ans, je profite de mon voyage avec French Tech Bordeaux pour tenir un petit journal de bord. Ce voyage est pour moi dédié à un sujet : l’innovation. Le périple (long voyage depuis Bordeaux en passant par Amsterdam et San Francisco) doit nous mener au CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, grande messe de l’électronique destinée au grand public et aux professionnels. Si mon entreprise a des clients dans ce secteur, le but du voyage est pour moi de rencontrer d’autres entrepreneurs et de capter les tendances en matière de marketing et si possible de vous faire partager quelques découvertes, humeurs ou questions.

Arrivée à Mérignac où j’expérimente le service Blue Valet. Réservation passée à 22h, voiture laissée à 5h du matin à quelqu’un qui vous accueille avec le sourire devant la zone de départ, 50 Euros pour 9 jours. Qui dit mieux ?

Tout à bien commencé avec un vol Bordeaux Amsterdam assis à côté de François, fondateur d’apps miles, start-up bordelaise spécialisée dans le domaine de la fidélisation, secteur où mon frère et moi avions été des précurseurs sur internet avec la création de Fidelinet en 2000 rapidement acquise par Webmiles puis Maximiles. François est un grand connaisseur du secteur après de nombreuses années passées chez Cofinoga qui avait lancé son programme Smiles dès les années 90. app’s miles propose une approche intégrant totalement la mobilité, problématique qui n’existait presque pas en 2000 (vous souvenez-vous du WAP – Wireless Application Protocol ??). Levé du jour à Amsterdam …

Shiphol airport

… puis long vol jusqu’à San Francisco. L’avion atterrit directement en arrivant de l’Ouest. Nous laissons Oakland, Berkeley et le Bay Bridge sur notre droite. Après 5h d’attente – surtout de queue – nous embarquons pour Las Vegas où nous attendent, dès l’arrivée à l’aéroport, des bandits manchots et, plus rassurant, Pierre et Xavier de l’équipe de French Tech Bordeaux.

bandits manchots

Présentation des participants bordelais dans l’ordre alphabétique : Thierry d’Addinsoft (XLSTAT), François d’apps miles, Clément de C-Napps, David de dmic, Albert de Gablys, Stéphanie et Xavier de Nomadeec, Loïc de PressReader, Marie de qucit, Xavier et Jérôme de SimForHealth, Aymeric de Sitigeo. Et bien entendu, l’indispensable Nicolas de Sud Ouest, notre journaliste en chef.

Arrivée à l’hôtel Harrah’s, immense hôtel casino à la décoration très années 80 ringarde, où comme dans les aéroports, des automates permettent de faire son check-in tout seul. Avant d’éteindre après 26h « debout », une vue de ma chambre d’où l’on aperçoit le mythique Caesar’s. Les bruits d’un concert de hard rock résonne dans le quartier … pas exactement la berceuse idéale.

Las Vegas la nuit

Jour 1

Après un petit déjeuner French Tech Bordeaux en présence de Pierre Gaudet, président de la CCI et de représentants de la CCI, de la métropole et de Virginie Calmels représentante de la mairie, nous avons été à la rencontre des start up exposant dans la partie Eureka CES. J’ai profité du tour de table et de la présence de Nicolas Cesar, journaliste de Sud Ouest couvrant le CES, pour annoncer la très prochaine et prometteuse création de l’association Data Science Bordeaux.

Vue de la suite French Tech :

French Tech

Nous descendons le Las Vegas boulevard, aussi appelé le strip pour rejoindre l’un des halls du CES. En route nous croisons la tour Trump.

Dès l’arrivée au CES, dont une partie est attenante au mégalomaniaque Palazzo, formidable surprise et bain de jouvence avec des projets dans tous les domaines, de la santé à la mode, en passant par le stockage de données, la robotique, la cuisine, le vin. Les objets sont de plus en plus connectés et intelligents. Les entreprises françaises sont incroyablement présentes, représentant la deuxième délégation juste derrière les USA. Voici quelques coups de coeur. Ils sont biaisés par l’intérêt personnel que je vois à l’offre faite, que ce soit pour mon utilisation personnelle ou professionnelle.

Mon plus gros coup de coeur va pour l’offre Q.RAD la start up française Qarnot. Ils proposent de chauffer les habitations en récupérant la chaleur dégagée par des ordinateurs qui réalisent des calculs pour de grandes entreprises. Ils peuvent installer ce système à partir d’une vingtaine de radiateurs installés. J’ai aussi trouvé très intéressante l’offre de Plumelabs, un petit capteur, flow, connectable à un smartphone pour monitorer la qualité de l’air. Uzer propose un boiter Eugène qui permet d’optimiser le tri pour le recyclage en scannant les bar codes des emballages et récompense ses utilisateurs avec un système de points.

Olibra, start up américaine, propose Bond, un système de petits appareils gérables par smartphone, à brancher sur des prises (pas encore en version européenne) qui permettent de prendre le contrôle d’appareils divers de la maison pour gérer leur allumage et leur extinction sans que ces appareils aient besoin d’être des objets connectés, mais simplement qu’ils soient pilotés à la base par une télécommande infrarouge.

Blue Frog Robotics, start up française, présentait son robot Buddy. Un rêve qui devient réalité pour les fans de E.T. Certes il ne monte pas encore les escaliers et ne fait pas le ménage, mais c’est un beau début et à un prix plus accessible que les robots d’Aldebaran.

robot buddy

Bubbles, start up française également implantée au Canada, propose des bulles dans lesquelles on peut laisser son téléphone charger pendant que l’on fait une course. Un modèle fermant avec un code de protection est disponible. En échange du service qu’il rend à son client, le commerçant peut pousser des messages promotionnels permettant de l’upselling grâce à la technologie iBeacon et au Wi-fi. L’app de Bubbles permet la réception des messages et la localisation de point de ventes disposant d’un Bubbles.

La start up Moore propose un système de clefs USB intelligent. Dès que la capacité de la clef est dépassée, les fichiers sont stockés dans un cloud. Un système intelligent permet d’assurer que les fichiers les plus utilisés restent sur la clef. Un système de cryptage permet d’assurer la sécurité des fichiers et la compression permet d’accélérer le transfer vers le cloud.

Moore

Pour les enfants, j’ai repéré plusieurs choses intéressantes. La société américaine Piper, propose un ordinateur en kit (basé sur Raspberry Pi qui offre de nombreuses possibilités d’extension. Ceci afin de développer chez les jeunes le goût de l’électronique, du bricolage et de la programmation. L’offre de Tinkerbots, société allemande, est intéressante notamment du fait de la possibilité d’utiliser des Legos. La petite enfance était aussi à l’honneur. La start up française

Piper

La start up Leka a mis au point un système permettant d’améliorer la capacité d’échange des enfants autistes de 2 à 18 ans.

Leka

La fin de la journée a été très politique. François Fillon devait faire une conférence de presse puis rencontrer les entrepreneurs. Arrivé très en retard en raison d’embouteillages (… Fillon à l’arrêt et non En marche comme d’autres …), il a finalement lu un discours sans surprise et sans enthousiasme, voire décalé. Les jeunes entrepreneurs sont plus concernés par les aides au projet et les facilités d’embauche que par la suppression de l’ISF (au fait, qui fut premier ministre de 2007 à 2012 ?). François Fillon était accompagné de NKM, Wauquiez, bref ses meilleurs amis. Arborant fièrement mon t-shirt En Marche, j’ai demandé à NKM pourquoi elle ne rejoignait pas Emmanuel Macron. Sur un ton épuisé et peu assuré, elle m’a répondu « ce n’est pas mon truc ». Et est allez s’asseoir, épuisée. Des selfies en pagaille ont fait quelques heureux.

François Fillon

NKM

Le soir le MEDEF organisait à l’hôtel Paris, une soirée. Après un discours de son président Pierre Gattaz, puis de Georges Karam, président de l’AFNUM, Axelle Lemaire a fait un discours dans lequel on sentait une vraie connaissance du monde des start-ups. J’ai interrogé l’un de ses collaborateurs qui m’a indiqué qu’elle ne s’impliquerait pas dans la campagne et resterait solidaire du gouvernement jusqu’à son terme. J’ai croisé Thibaut Meunier et Yseulys Costes de 1000mercis.com que je n’avais pas vus depuis le début des années 2000. Forts de leur impressionnant succès et suite à leur déploiement aux USA, ils habitent maintenant à Palo Alto.

Las Vegas Paris

Pierre Gattaz

Axelle Lemaire

Jour 2

Incroyable mais vrai, la start-up française SteadXP, a mis au point un système de stabilisation d’image vidéo pour appareils réflex. Le concept repose sur du hardware très peu encombrant fixé sur la prise flash et un très puissant logiciel. Terminé les tremblements. Résultat impressionnant.

Toujours dans le domaine de la photographie, la start-up Enlaps propose une caméra, autonome grâce des cellules photovoltaïques, qui permet de faire du time laps (film réalisé à partir de photos prises à intervalle régulier). Les applications sont à la fois dans la sécurité, les webcams, la photo de nature.

Enlaps

Je discute ensuite avec Ismael d’une start-up de Saint Etienne. Ancien directeur industriel chez Focal, il a créé un incubateur d’idées pour aider les gens à passer de l’idée à la réalisation de leur idée. Il présente au CES une canne intelligente, capable d’alerter en cas de chute ou de signaler un déséquilibre potentiel. La start up Enerbee propose une solution de ventilateurs de VMC intelligents, capables de détecter la qualité de l’air et d’adapter en conséquence le fonctionnement. Flipr propose une solution pour l’entretien des piscines.

Nous partons ensuite en monorail (le seul transport en commum de Las Vegas) à Tech East autre lieu du CES. Le CES présente plus de 3000 entreprises, sur plus de 200000 m2 répartis sur plusieurs sites. Impossible de tout voir et il faut faire des choix.

Nous découvrons le stand d’Intel qui monte différents projets pour lesquels leurs processeurs aident. Une démonstration d’acrobates du basket leur permet de montrer comment ils peuvent analyser en temps réel les performances physiologiques de ces derniers. Le reste du hall est essentiellement dédié aux opérateurs de télécommunication et aux producteurs d’écrans de télévision. Certes, on n’arrêt pas le progrès mais c’est moins spectaculaire.

Nous allons ensuite dans le bâtiment dédié à l’automobile. Etant donnée la communication continuelle dont nous abreuvent les constructeurs, il n’y a pas de réelle surprise. Le sujet prédominant est naturellement la voiture autonome. Seuls les constructeurs présents sur le marché américain sont présents. Le sujet de la smart city est aussi un sujet important. La société française Vulog propose une solution pour le partage de véhicules libres. Seule vraie suprise, le véhicule ci-dessous dont les éléments ont été entièrement produits par des imprimantes 3D.

La soirée se déroule au Palms où nous sommes invités par La Poste, qui malheureusement n’en profite pas pour communiquer. Moment agréable avec une vue magnifique sur les millions d’ampoules qui embrasent Las Vegas nuit et jour.

Jour 3

Grâce à l’entremise de la CCI de Bordeaux, nous avons eu l’honneur et le plaisir d’être invités par ST Microelectronics qui a loué 2 étages de l’hôtel Encore. Des fenêtres nous pouvons admirer la ridicule tour Trump dorée, au milieu d’un terrain vague. La découverte des innovations de ST fut un véritable émerveillement. Nous avons droit à une présentation passionnante des composants récemment mis au point par ce constructeur franco-suisse. Sur un objet épais de 2mm et d’une surface de 1cm2, les ingénieurs de cette société arrivent à faire tenir une séries de capteurs (son, gps, gyroscope, température, lumière …). Ils ont également mis au point un système d’alimentation sans contact en utilisant les champs magnétiques (par exemple pour recharger un téléphone portable). On nous présente également un chip de quelques millimètres capable de mesurer la distance à un objet avec une grande précision, même à travers un liquide. Le système Teseo III permet à des drones d’interagir entre eux pour s’éviter et signaler leur présence aux autres objets volants.

Nous avons ensuite assisté à la présentation d’une start-up dans laquelle a investi Engie qui produit des véhicules utilisant des moteurs à hydrogène. Cette technologie n’est aujourd’hui utilisable que par des flottes à rayon d’action réduit de grandes entreprises ou de collectivités.

L’après-midi nous partons avec François et Nicolas à la découverte du Lake Mead et du Hoover Dam. Nous passons devant des condominiums improbables, un casino perdu, balafrant le paysage avant d’arriver au Hoover Dam, qui retient le lake mead dont le niveau est visiblement très bas. Du fait de la faible luminosité le temps est compté mais nous profitons de cette immensité et de la vue sur les sierras. Retour à Las Vegas pour la soirée conjointe des CCI.

Jour 4

Je n’ai que deux heures pour faire un dernier tour. Je le consacre au hall dédié à la santé et à la domotique. Je passe faire une démonstration sur le site de SimForHealth et me mets dans la peau d’un médecin urgentiste qui doit sauver un patient. Un casque, deux manettes et c’est parti. Je n’ai pas le temps de commencer l’opération que je laisse la place à Benoît Potiers, président d’Air Liquide, qui heureusement sauve la vie de l’avatar. Je parcours ensuite le hall pour constater que, si les solutions connectées sont de plus en plus performantes et prometteuses, le manque de standardisation reste un véritable frein. Mieux dormir, surveiller son stress, surveiller les tensions musculaires. Consommer moins d’électricité, cuire plus sainement, mieux laver, gérer les stocks, retrouver ses clefs, son vélo, sont autant de possibilités que l’on peut contrôler depuis son smartphone, mais avec à chaque fois de nouvelles interfaces et des technologies parfois très différentes (Wifi, Bluetooth, NFC, …)

Je rejoins finalement l’aéroport pour prendre un avion pour Reno où je dois rencontrer un partenaire. Le bilan du séjour à Las Vegas est très positif : rencontre d’un groupes d’entrepreneurs bordelais très sympathiques et talentueux avec qui des liens sont tissés. Rencontre de Nicolas de Sud Ouest, les acteurs de French Tech, de la CCI et de la Métropole, indispensables pour mettre de l’huile dans les rouages de l’économie, que je remercie chaleureusement pour leur invitation et pour l’organisation du séjour. Découverte de nombreuses technologies qui seront demain notre quotidien. Aération, respiration, inspiration, prise de distance avec mon quotidien, qui me permettront de revenir avec plus d’énergie et d’idées.